Le Tadelakt et son histoire

Origines

Le Tadelakt est un art marocain de la décoration, né de la tradition des artisans arabes qui nous l’ont transmis depuis le XIe siècle. A notre époque, cette technique marque un grand succès auprès des designers dans le monde entier, des architectes et, de manière plus générale, chez une clientèle sensible au thème de la durabilité, puisque sa composition est entièrement naturelle. Le Tadelakt  est, par conséquent, l’un des produits d’excellence artisanale dans le domaine de la bio-construction. Cet article synthétise les raisons pour lesquelles vous choisirez le Tadelakt dans la rénovation des pièces de votre maison :

 

Tadelakt : Qu‘est-ce que c’est ?

Le Tadelakt est une ancienne technique de décoration marocaine à base de chaux. On l’employait initialement pour imperméabiliser les citernes ; aujourd’hui, il est principalement utilisé et apprécié pour ses finitions parfaites ainsi que pour son aspect texturé et billant.  Cette technique a été choisi pour son imperméabilité et sa grande résistance à l’eau, il représente donc la solution idéale pour les salles de bains, les  façades, les  hammams et bassins.

Le mot “Tadelakt” provient du verbe “dalaka” qui veut dire “masser, frotter, polir, aplanir”. Son origine est  marocaine, ce qui explique qu’il soit désigné par un terme amazigh (langue pratiquée par les berbères, qui constituent l’ethnie majoritaire du Maroc) qui désigne un enduit à la chaux traditionnel existant depuis des siècles. C’est un savoir faire ancestral traditionnel des berbères, transmis par tradition orale d’où l’impossibilité de retrouver avec précision les origines du Tadelakt. Toutefois, on sait que pour construire leur habitat les Imazighen (Berbères) utilisaient depuis des millénaires le tadelakt ; on hypothèse donc qu’ils auraient été les premiers à découvrir l’énorme potentialité des pierres calcaires marocaines et qu’ils auraient été à l’origine des premières expériences de décoration. Une autre hypothèse voudrait que cette technique remonte à la fin du XVe siècle en Andalousie, apportée au Maroc  par les Maures exilés, réfugiés dans plusieurs villes marocaines, mais surtout dans la région de Marrakech à la suite de la Reconquista.

 

LES ORIGINES DU TADELAKT

Le pavillon Menara à Marrakech est un vaste jardin contenant des vergers et des oliveraies, il reste la plus ancienne illustration du Tadelakt avec son grand bassin central. Les travaux de construction initièrent sous la dynastie des Almohades, probablement au XIIe siècle, sur ordre du sultan almohade ‘Abd al-Mu’min ibn ‘Alî, mais le pavillon n’a été achevé qu’au XVIe siècle par la dynastie Saadiana. Le bassin avait pour fonction d’irriguer les vergers environnants grâce à un système hydraulique complexe et sophistiqué, qui achemine l’eau pure depuis les montagnes de l’Atlas, situées à 30 km environ de Marrakech.

En 1985, l’UNESCO a déclaré les jardins de Menara patrimoine de l’humanité.

La technique du tadelakt fut transmise oralement, au cours des siècles, par les maalem (“celui qui sait” ou “celui qui a un savoir-faire”), mémoire vivante d’un métier séculaire : tel est le titre honorifique conféré au Maghreb aux maîtres de l’art et aux maîtres-artisans. Au fil du temps, les artisans sont passés d’une technique utilitaire à une technique décorative, exploitant les qualités de la chaux pour en révéler sa dimension esthétique intemporelle. Le Tadelakt recouvre de nouveau les intérieurs et jardins des riads, les belles demeures, les hammams.

 

Coment obtenir de la chaux pour le Tadelakt ?

Le Tadelakt s’obtient à partir de la chaux produite dans les anciens fours artisanaux de Marrakech, cette chaux possède certaines particularités, puisqu’elle provient des carrières de calcaire de Marrakech qui sont naturellement riches en silice, en alumine et en quartz. La chaux marocaine qui permet de confectionner le Tadelakt est différente de celle que l`on trouve en France ; elle est d`un aspect plus rustique qui permet de l’utiliser telle quelle car elle contient des impuretés.

La méthode de cuisson est une tradition transmise oralement de père en fils, immuable depuis des générations. Les fours, d’environ 5 mètres de diamètre, sont situés dans une zone aux portes de la ville, où se fait l’extraction des pierres calcaires qui sont ensuite empilées pour la cuisson. La disposition des pierres est très précise, partant des plus grandes  à la base jusqu’au plus petites au sommet, encastrées à la perfection le long des parois du four, formant au sommet une sorte de voûte. La partie externe supérieure est recouverte d’une couche d’argile brute, de sorte que la chaleur ne s’échappe pas et reste constante. Le feu est constamment alimenté par des fagots d’olives et des feuilles de palmiers recyclés afin de maintenir une flamme élevée et une température interne d’environ 900 ° C, chauffant ainsi le calcaire sous terre. Ce four est alimenté sans interruption pendant environ  36 heures .

Préparation d’un enduit à la chaux : mise en oeuvre du Tadelakt

Après cuisson dans le four, on laisse refroidir les roches calcaires qu’on hydrate ensuite avec de l’eau pour les transformer en poudre de chaux. Elle est ensuite passée à travers un tamis et on obtient différentes qualité de chaux :

    • la “fleur de chaux” est un produit issu de la chaux vive éteinte avec de l’eau. Assez difficile à obtenir, cette matière naturelle et noble est particulièrement recherchée (passer  à travers un tamis d’environ 2 -3 mm) pour des travaux d’une grande finesse (elle est d’ailleurs aussi appelée « chaux aérienne »). La fleur de chaux est par nature onctueuse et pure, pour une blancheur sans égal. Présentant de nombreux atouts qui en font un produit très prisé, c’est la crème de la crème, pour les travaux les plus aboutis et les résultats les plus éclatants.

    • Il existe un deuxième choix de chaux aérienne, aux grains grossiers pouvant aussi contenir des résidus de cuisson. Employée pour les procédés de tadelakt les moins prisés ou pour une finition à la chaux similaire au plâtre, elle s’adapte aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des bâtiments.

Comme le veut la tradition, la chaux est ensuite placée dans des sacs de farine perforés, qui permettent le séchage de l’eau utilisée pour l’hydratation. La particularité de la chaux de Marrakech est qu’elle est utilisée telle quelle, sans adjonction de charges car elle contient des impuretés (sable, quartz, argile, incuit) qui constituent la charge d’un enduit prêt à l’emploi, « chargée » naturellement d’agrégats. D’origine marine, elle absorbe en outre beaucoup d’eau (environ 60% du poids total) et la conserve lors de la transformation. Ces caractéristiques la rendent unique en son genre, car elle a un temps de séchage plus long, ce qui donne à l’artisan le temps nécessaire pour le serrage et le polissage.

APPLICATION DU TADELAKT : MODE D’EMPLOI

Lorsqu’on utilise la chaux du Tadelakt, il faut la mélanger avec de l’eau à l’aide d’une truelle ou d’un embout mélangeur, sans ajouter de sable fin ou de liants hydrauliques. Avant de l’appliquer, il est nécessaire d’humidifier abondamment le support avec de l’eau, afin que l’accroche se fasse naturellement, par réaction chimique.

L’application se fait  sur un support en plâtre très rugueux, préparé avec du mortier à base de ciment, de sable et de chaux, ou avec du sable et de la chaux hydraulique naturelle. Dans les autres cas, le Tadelakt peut être appliqué sur des supports spécialement préparés, qui doivent cependant être très rugueux et contenant, préférablement, la même base de chaux hydraulique naturelle.

Entre chaque application, effectuer une légère pression sur la surface du Tadelakt et vérifier qu’il ne laisse aucune trace sur le doigt avant d’appliquer la couche suivante. Passer deux couches,  tirer et lisser avec une truelle ou une lisseuse métallique.

Entretien du Tadelakt

Le polissage est effectué immédiatement après l’application avec des galets de rivière coupés, lissés et biseautés sur les bords. C’est au cours de cette phase, qu’il est éventuellement envisageable de faire des décorations à effets graffiti. Lorsque le mortier durcit à la surface (généralement le lendemain), il suffit de le traiter avec une couche de savon noir à base d’huile d’olive, ce qui protège la surface, et la rend davantage hydrofuge et microporeuse (laisse respirer le mur). Après que le Tadelakt ait complètement séché (environ 20 jours), toutes les surfaces nécessitant un effet hydrofuge supplémentaire (bains, douches, bassins, etc.) peuvent être cirées avec de la cire d’abeille.

Coloration du Tadelakt : mode d’emploi

Pour la coloration, il est possible d’utiliser des terres naturelles, des oxydes ou des couleurs résistantes à la chaux. Il est possible de créer une large gamme de processus multicolores et personnalisés; cependant la couleur naturelle reste la plus utilisée, car les pierres de Marrakech ont une couleur brun clair caractéristique, qui à la fin de la procédure se revêt d’un teint beige délicat et raffiné.

Si elles sont fabriquées correctement, les surfaces en tadelakt sont complètement étanches et résistantes au contact direct avec l’eau, à l’intérieur comme à l’extérieur. Ce travail est un admirable exemple de l’art et de la culture marocaine et il est juste de le respecter dans tous les domaines, du choix des meilleurs matériaux à l’utilisation des techniques traditionnelles.

LES OUTILLAGES POUR REALISER LE TADELAKT